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« POLICY OFFICER »

 

Vincent GUERRE, Master Affaires Européennes, 2009 PO

Itinéraire d'un "eurocrate" qui croit encore à l'Europe

Je travaille pour les institutions européennes depuis presque 10 ans. Cela fait de moi un "eurocrate Bruxellois". Derrière cette appellation anonyme peu flatteuse se cache pourtant un monde passionnant, habité par des personnes de grande valeur humaine et professionnelle.

L'Europe a été très tôt un centre d'intérêt pour moi et est même devenue une passion lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, quand j'étais en première année à l'IEP. Je me suis donc naturellement orienté vers le master "Affaires européennes" et, après l'obtention de mon diplôme en 2009, j'ai effectué un stage au Parlement européen puis ai été embaûché dans la foulée comme collaborateur d'un député récemment élu. Je suis ainsi entré dans les institutions européennes par une porte dérobée, sans passer par la voie des très sélectifs concours EPSO.

J'ai travaillé huit ans au Parlement européen, où j'ai pu contribuer à l'élaboration de législations essentielles dans le domaine de la pêche, sujet de prédilection de mon employeur. N'ayant aucun bagage préalable dans ce secteur, j'ai appris par l'expérience. J'ai découvert que la régulation de la pêche concerne un grand nombre d'enjeux politiques : compétitivité d'un secteur économique, durabilité environnementale, aménagement du territoire et, surtout, gestion d'une ressource naturelle commune et limitée, ce qui génère parfois des tensions importantes. D'où la pertinence d'une régulation au niveau européen. Contrairement à une idée largement répandue, l'Europe institutionnelle est tout sauf un monde fermé sur lui-même : les échanges y sont permanents entre fonctionnaires, experts, élus, diplomates nationaux et représentants d'intérêts de toutes sortes. La politique s'y fait de façon très ouverte et transparente. La négociation et la recherche de compromis y sont naturels.

À la fin de l'année 2017 j'ai quitté le Parlement pour rejoindre la Commission européenne. Je suis désormais "Policy Officer" à la Direction générale des Affaires Maritimes et de la Pêche. Ma mission consiste à développer le prochain Fonds Européen des Affaires Maritimes et de la Pêche (FEAMP), l'instrument financier européen de soutien à la mise en oeuvre de la Politique Commune de la Pêche. Concrètement, il s'agit d'utiliser une partie du budget européen pour faciliter la transition vers un modèle de pêche durable.

Le travail de "policy officer" consiste essentiellement à transcrire les orientations politiques de la Commission dans des propositions législatives, puis à défendre et expliquer ces dernières auprès des co-législateurs (le Parlement européen et le Conseil) et de la société civile. Cela requiert sens politique, expertise technique et capacités de négociation et de communication. On est loin de l'image du "technocrate" qui ne sort jamais de son bureau et est déconnecté de la réalité; ce travail implique un dialogue permanent avec les différentes parties prenantes, par exemple avec les représentants des pêcheurs, pour s'assurer que les législations européennes soient proportionnées et applicables.

Alors bien sûr certains jetteront systématiquement la faute sur "Bruxelles" car cela est facile, mais ceux-là n'admettront jamais que les postures simplistes et unilatérales n'apportent aucune réponse à des enjeux politiques complexes à l'échelle d'un continent. Les institutions européennes offrent l'opportunité rare de faire travailler ensemble des nationalités différentes autour d'un projet politique commun et au service d'un intérêt commun qu'il n'est pas toujours facile d'identifier. Même si l'air du temps rejette le multilatéralisme sous toutes ses formes, je reste convaincu que des solutions européennes sont possibles et nécessaires sur de nombreux enjeux politiques contemporains.

D'un point de vue humain, les institutions européennes permettent aussi des rencontres enrichissantes et parfois improbables, en tout cas jamais ennuyeuses. Discuter de la taille des filets de pêche du cabillaud en mer Balique avec un Croate et un Portugais a un côté assez surréaliste... Je conseille donc vivement aux futurs diplômés de l'IEP de tenter l'expérience à l'occasion d'un des nombreux stages proposés par les institutions européennes; vous serez surpris par les "eurocrates"... Au-delà de la découverte, les stages permettent surtout d'acquérir des compétences et de commencer à se constituer un réseau professionnel qui servira tout au long de la vie. La bulle européenne donne sa chance à tous les jeunes diplômés motivés et travailleurs capables de démontrer leur valeur au quotidien. Mon parcours m'a montré que c'est en multipliant les expériences, les rencontres professionnelles et en développant ses compétences qu'on se forge une crédibilité qui ouvre de nombreuses portes. Bien sûr tout cela n'arrive pas tout de suite, il faut faire ses preuves, mais les métiers de l'Europe ne sont pas réservés à un petit réseau d'initiés.

Mon conseil aux nouveaux diplômés de l'IEP : ayez confiance en vous, tentez votre chance, soyez humbles mais déterminés dans votre travail et avec vos relations et, chose très importante, développez vos compétences linguistiques. L'IEP donne toutes les clés pour trouver sa voie dans les métiers de l'Europe; jetez vous à l'eau !

Vincent GUERRE
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15/10/18

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