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« Responsable Fixed-Income »

 

Eric VANRAES (EF 86) est responsable de la gestion de taux à la banque Eric STURDZA à Genève et gestionnaire des trois fonds obligataires UCITS de l’Asset Manager EI Sturdza Investment Funds

Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?

A la fin de mes études grenobloises (IEP puis Sup de Co –aujourd’hui GEM- et enfin DESS Finance à l’IAE qui s’appelait ESA à l’époque) j’ai intégré l’équipe de gestion des fonds obligataires chez NSM Gestion (Neuflize Schlumberger Mallet, groupe ABN-Amro) à Paris et j’y suis resté pendant huit ans de 1990 à 1998. Ensuite, j’ai occupé pendant deux ans le poste de responsable de la gestion de taux chez SNVB Gestion (Société Nancéenne Varin Bernier, groupe CIC-Crédit Mutuel). En 2000, j’ai quitté Paris pour Genève en devenant responsable de la gestion des fonds obligataires Corporate Investment grade à l’Union Bancaire Privée. Enfin, en 2008, Eric Sturdza m’a proposé de rejoindre son groupe afin de créer et développer une gamme de fonds obligataires aux côtés d’une gamme de fonds en actions qui jouissait déjà d’une réputation mondiale. Nous avons donc sorti trois produits ouverts au public parallèlement à une gestion de mandats institutionnels, un fonds court-terme obligataire en euro en 2009, un fonds global en dollars en 2012 et le petit dernier (mon préféré) au printemps 2016, investi en dettes de pays émergents émises en dollars mais uniquement de haute qualité afin d’optimiser le ratio rendement/risque.

Comment êtes-vous structurés dans votre équipe ?

Nous sommes une petite équipe soudée qui gère un peu moins de 500 millions de dollars. Pascal Perrone, qui a travaillé avec moi à l’UBP de 2002 à 2008, m’a rejoint en 2013. Nous élaborons ensemble la stratégie et Pascal s’occupe plus particulièrement du trading et –surtout- de la gestion de notre modèle de gestion du risque développé en interne. C’est à moi qu’incombe la tâche de voyager, soit pour des meetings clients/prospects, soit pour des apparitions dans les medias (notamment CNBC ou Bloomberg TV) ou dans des conférences. Il faut préciser que la gestion du risque, dans notre métier, est la pierre angulaire de notre processus d’investissement. Nous passons donc beaucoup de temps à évaluer tous les types de risques qu’ils soient économique évidemment, géopolitique bien sûr mais également des thèmes qui sont apparus au cours de la dernière décennie comme corporate governance, risque climatique/catastrophe naturelle ou environnemental (ces deux derniers points étant sans doute intimement liés).

Et votre stratégie d’investissement ?

J’évolue depuis 28 ans dans le même domaine en étant animé par la même passion que le tout premier jour, parce que tout évolue en permanence ! Notre stratégie est un mélange de top-down et de bottom-up. Il s’agit de mettre en musique une quantité gigantesque d’informations (obtenue avec une rapidité incroyable par rapport à mes débuts sans emails, sans internet…) pour élaborer une stratégie en trois dimensions intégrant performance, risque et liquidité. Nous analysons les statistiques macro-économiques, les politiques menées par les gouvernements, les instances supranationales et surtout en premier lieu le comportement des banques centrales ce qui nous amène à élaborer des projections à court et moyen terme (tactique et stratégique) de mouvements de taux d’intérêts, de spreads de crédits et émergents sans oublier la déformation des courbes de taux. Ensuite, nous suivons les mouvements de marchés à la loupe, notamment les flux, la volatilité, les tendances (grâce notamment à l’aide de l’analyse technique). Nous ne nous contentons pas de suivre les marchés obligataires car les marchés des changes et des actions nous fournissent une foule de renseignements dans un monde globalisé dominé par les corrélations et les manipulations des banques centrales. Une fois le top-down terminé, vient le bottom-up à travers une double analyse verticale et horizontale. Il s’agit de faire du corporate bond picking comme le ferait un gérant actions pour créer de l’alpha grâce à son stock picking. Par exemple, à l’intérieur d’un même secteur, l’automobile, pourquoi achèterais-je aujourd’hui de la dette Volkswagen plutôt que Hyundai ? Et à l’intérieur d’une même classe de risque, rating BBB chez Standard & Poor’s, faut-il plutôt investir dans le télécom français Orange ou dans la compagnie pétrolière hongroise Mol ? L’analyse crédit nous permet d’identifier les entreprises qui, selon nous, vont mériter d’intégrer nos portefeuilles sachant que nos fonds sont en moyenne constitués de 35 lignes alors que les indices en contiennent 4'000.

Que vous a apporté l’IEP et quel conseil donneriez-vous aux étudiants désirant se lancer dans ce métier ?

L’apport de l’IEP est essentiel dans ma formation même si je n’oublierai jamais tout ce que je dois à Michel Albouy qui m’a enseigné les rouages des marchés financiers à Sup de Co puis à l’IAE. Tu peux construire le plus beau bâtiment du monde, s’il n’y a pas de fondations et qu’il est construit sur du sable, l’édifice s’écroulera rapidement. L’IEP est un formidable outil pour acquérir de quoi construire des fondations solides et durables, mêlant l’apprentissage d’une méthode de travail, une manière de penser « outside the box » en se mettant à la place de son interlocuteur. Une anecdote : je me souviendrai toute ma vie de mon premier cours avec Pascal Perrineau en 1983. Il nous demanda « qui dans cette salle est de droite ? Abonnez-vous donc à Libé. Et ceux qui sont de gauche, à partir d’aujourd’hui, astreignez-vous à lire le Figaro ! ». L’IEP nous enseigne une ouverture d’esprit qu’on ne retrouve sans doute nulle part ailleurs et une telle formation est à mon avis indispensable pour exercer mon métier. Aujourd’hui, dans l’univers de la finance et plus particulièrement de l’Asset Management, la mode est aux algorithmes complexes et aux usines à gaz développées par des ingénieurs sortis des plus grandes écoles. Mais dans un monde de plus en plus complexe, dominé par des enjeux géopolitiques tels que par exemple le Brexit, Trump ou les tensions entre Saoudiens sunnites et Iraniens chiites, on ne peut pas ramener tout cela à la résolution d’équations. Par conséquent, les étudiants de l’IEP qui souhaitent travailler dans la finance doivent persévérer et ne nourrir aucun complexe vis-à-vis des ingénieurs, bien au contraire ! Toutefois, ils ne doivent pas négliger deux points fondamentaux : ils devront compléter leur cursus par une formation pointue en finance et pour ce faire veiller à conserver un niveau scientifique (maths/physique) minimum pour pouvoir appréhender les théories financières complexes sans difficulté.

Eric VANRAES
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30/11/2017

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